L’exposition Dis/Mantle au Spadina Museum

Le Spadina Museum, dont le nom vient du mot anishinaabemowin « ishpadina » (« haute terre » ou « crête »), se situe en haut d’un ravin, surplombant Toronto.

En plein centre-ville, le musée se trouve au 285, avenue Spadina, à moins d’un coin de rue de Casa Loma. Bâti en 1866 par la riche famille Austin, le Spadina Museum est composé d’une grande demeure de trois étages, d’un garage à deux étages et de la maison du chauffeur (qui date de 1909). La propriété inclut également une écurie (vers 1850) convertie en maisonnette pour les jardiniers, ainsi qu’une serre (construite en 1913).

Toronto History Museums, responsable de la gestion du Spadina Museum, propose une exposition novatrice intitulée Dis/Mantle. Cette exposition d’œuvres d’art s’inspire des efforts des abolitionnistes noirs et réinvente le Spadina Museum à travers un récit afrofuturiste.

 

Détail de Refashion (Mrs. Pipkin), de Gordon Shadrach.

L’exposition explore une réalité alternative dans laquelle Louisa Pipkin, une femme en quête de liberté qui a échappé à l’esclavage aux États-Unis avant de travailler comme blanchisseuse à la maison des Austin dans les années 1870, est la propriétaire de la Spadina House. Dans cette réalité, la demeure représente un refuge sûr pour ceux qui sont partis à la recherche de la liberté en empruntant le chemin de fer clandestin. L’exposition collective regroupe des environnements sonores, de la céramique et des créations d’artistes visuels canadiens qui font partie de la diaspora afro-antillaise. Parmi ces œuvres, on trouve un portrait emblématique de Mme Pipkin et d’autres de membres de la communauté noire, peints par l’artiste Gordon Shadrach. M. Shadrach a choisi Mme Pipkin comme personnage principal parce qu’il y avait un tableau la représentant dans la Spadina House. Il s’agit du seul portrait d’une personne de couleur que les Austin aient commandé.

« Puisqu’on en sait si peu sur [Mme Pipkin], elle devient ce personnage pivot, parce qu’elle a été représentée à une époque au cours de laquelle on ne voyait pas beaucoup de Noirs et encore moins une domestique. Beaucoup de mystère l’entoure. Nous voulions ancrer cette histoire dans quelque chose de vrai, tout en ayant la liberté de laisser aller notre imagination pour créer… Nous avons pu essayer de créer un sentiment d’humanité autour de ce que les Noirs vivaient à l’époque — tout en l’envisageant avec une perspective afrofuturiste qui permet d’explorer d’autres possibles », explique Shadrach. Une entrevue avec Gordon Shadrach à l’émission Metro Morning du 5 août 2022 est disponible sur CBC Listen (en anglais seulement) : Cliquez ici pour écouter

Guidelines, oeuvre artistique par Gordon Shadrach, photo par Andrew Williamson

Shadrach habite dans la maison historique depuis le mois de mars, où une pièce du 3e étage a été transformée en résidence de création. Il a peint six portraits de Raptors, Champagnie, Achiuwa et d’autres joueurs de l’équipe de basketball de Toronto, les imaginant abolitionnistes, chefs de communautés et descendants de Mme Pipkin. Par le biais du portrait, Shadrach cherche à ébranler les restrictions coloniales en invitant le public à réfléchir aux représentations faites des Noirs dans l’art et la culture.

L’exposition Dis/Mantle fait partie du Awakening Program de Toronto History Museums. Ce programme primé présente les projets artistiques de Noirs, d’Autochtones, d’artistes de couleur et de membres de la communauté 2SLGBTQ+, en respectant les principes de l’anti-oppression, de l’anticolonialisme et de l’antiracisme.

L’exposition Dis/Mantle a commencé le 5 août et se poursuit jusqu’au 31 décembre 2022.