Là où la mémoire demeure : découvrir le Centre d’interprétation des Béothuks

Niché au cœur d’un labyrinthe d’îles et de forêts, sur l’île de Terre-Neuve, le Centre d’interprétation des Béothuks, situé à Boyd’s Cove, permet de découvrir les traces laissées par ce peuple. Partez à la découverte des sentiers boisés, admirez les vestiges archéologiques des Béothuks et laissez une offrande au Jardin de l’esprit.

Qui étaient les Béothuks?

La sculpture The Spirit of the Beothuk de Gerald Squires s’élève le long du sentier boisé de 1,5 km qui mène au Centre d’interprétation des Béothuks. Avec l’aimable autorisation de See the Sites, province de Terre-Neuve-et-Labrador.

Les Béothuks, dont le nom signifie « le peuple » ou « le vrai peuple » dans leur langue, vivaient dans les régions de Notre-Dame et de la baie de Bonavista, sur l’île de Terre-Neuve. Ils construisaient leurs habitations coniques, appelées mamateeks, en disposant des poteaux en cercle, en les attachant à leur sommet et en les recouvrant d’écorce de bouleau. C’était un peuple côtier. Quand les Européens sont arrivés, les Béothuks ont été chassés de leurs terres ancestrales et poussés vers l’intérieur des terres. Au contact des Européens, la population béothuk a rapidement décliné, jusqu’à disparaître complètement vers 1830.

Représentation par Shanawdithit de l’enlèvement de sa tante Demasduit, désignée ici sous le nom de Mary March dans un texte ajouté par Cormack, au lac Béothuk en 1819, sur la rive nord du lac. L’interaction de Buchan avec les Béothuks en 1811 est représentée sur la face sud. Avec l’aimable autorisation de l’Université Memorial de Terre-Neuve, bibliothèque Centre for Newfoundland Studies.

 

D’où tirons-nous nos connaissances sur les Béothuks?

La plupart des descriptions contemporaines des Béothuks ont été rédigées par des Européens et donnent une vision européo-centrée de la culture béothuk.  Les dessins de Shanawdithit, une femme béothuk, se sont révélés d’une aide précieuse pour comprendre cette culture unique.

Née vers 1800, Shanawdithit fut capturée par les Anglais en 1823, puis confiée à William Cormack, qui cherchait à documenter la langue et les coutumes des Béothuks et à préserver cette culture. Les croquis réalisés par Shanawdithit représentent des campements, des outils et des gens du peuple béothuk, ainsi que des cartes de leur territoire, notamment la scène de la capture de sa tante Demasduit. Demasduit a également contribué à la compréhension de la culture béothuk par le recensement et la traduction de 180 mots. Après son décès et son inhumation, les restes de Demasduit et de son mari ont été emportés en Écosse par Cormack. 191 ans plus tard, ils ont été rapatriés au Canada en 2020, grâce aux efforts du chef Mi’sel Joe de la Première Nation Miawpukek de Conne River, à l’origine du processus lancé en 2015.

On connaît à ce jour une douzaine de dessins de Shanawdithit. Ils peuvent être consultés en ligne sur le site web des collections numériques de l’Université Memorial de Terre-Neuve.

 

Sur les traces des Béothuks à Boyd’s Cove

Le Centre d’interprétation des Béothuks, vu depuis le Jardin de l’esprit. Avec l’aimable autorisation de See the Sites, province de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le Centre d’interprétation des Béothuks s’inspire des « mamateeks », habitations traditionnelles en écorce de bouleau construites par les Béothuks, et continue d’honorer la mémoire et l’héritage de ce peuple. À l’intérieur de ce centre, vous pourrez en apprendre davantage sur les Béothuks grâce aux expositions et aux guides avant de partir à la découverte des environs. Le site se distingue notamment par les vestiges archéologiques d’un village béothuk, dont on peut encore distinguer les contours des habitations. Les fouilles archéologiques menées dans la région dans les années 1980 ont permis de découvrir ce site, qui a livré des restes de hameçons de pêche, des pointes de flèches en pierre et des clous en fer modifiés, tous trouvés dans la même couche stratigraphique, ainsi que des sculptures sur os et des centaines de minuscules arêtes d’éperlan.

Il s’agit du premier site à mettre en évidence le lien entre les Béothuks et les peuples du Little Passage, leurs ancêtres d’avant l’arrivée des Européens, comme le montrent clairement les technologies qu’ils partageaient. Même si le site archéologique a permis de répondre à de nombreuses questions, beaucoup d’autres subsistent. Pour l’archéologue provincial Jamie Brake, ce qui ressort le plus de ce site, c’est que dans la zone A, où ont été trouvés quelques-uns des plus anciens artéfacts, le site a été beaucoup moins perturbé qu’on ne le croyait. Autrement dit, Boyd’s Cove est très prometteur pour la recherche future.

Ralph Pastore, c. 1980 à Boyd’s Cove. Avec l’aimable autorisation des Archives et collections spéciales de l’Université Memorial de Terre-Neuve.

Ralph Pastore, qui a dirigé les fouilles archéologiques à Boyd’s Cove, s’est fortement impliqué dans la création du centre d’interprétation et souhaitait en faire un lieu où les visiteurs pourraient découvrir comment les Béothuks ont prospéré à Boyd’s Cove. Le lieu porte encore les traces d’une époque paisible, et la culture ainsi que les traditions des Béothuks y sont représentées. Grâce au travail minutieux et rigoureux de Pastore, une grande partie du site est restée intacte. Les futurs archéologues pourront ainsi l’étudier et le fouiller à mesure que de nouvelles technologies et techniques plus performantes verront le jour.

 

Les incontournables et les activités

Les visiteurs du Centre d’interprétation des Béothuks peuvent découvrir le site archéologique et admirer les contours des habitations de ce peuple là où elles se trouvaient autrefois, en imaginant le site tel qu’il était il y a 300 ans.

Le Jardin de l’esprit, où les visiteurs sont invités à déposer des offrandes. Avec l’aimable autorisation de See the Sites, province de Terre-Neuve-et-Labrador.

Sur le sentier de 1,5 km menant au site archéologique, les visiteurs peuvent découvrir une statue en hommage aux Béothuks, sculptée par l’artiste local Gerald Squires. Son emplacement est tout sauf anodin : derrière elle coule un ruisseau d’eau douce, source de nourriture (comme l’éperlan) pour ce peuple. En face, le site archéologique et l’océan Atlantique, une voie navigable clé leur permettant de rejoindre d’autres territoires à l’intérieur des terres. D’après la responsable du site, Karen LeDrew, la statue fait office de gardienne du site et est le symbole unifié de son peuple.

Le Jardin de l’esprit invite les visiteurs à déposer une offrande en mémoire des Béothuks. S’il est possible de se procurer le matériel nécessaire à la fabrication de ces offrandes sur place, les visiteurs peuvent très bien apporter le leur. C’est Marie Eastman, une aînée mikmaq, qui a eu l’idée de créer le Jardin de l’esprit, en concertation avec des groupes autochtones de toute la province. LeDrew le décrit comme « un lieu propice à la guérison ». Selon elle, si de nombreux visiteurs du Jardin de l’esprit se recueillent en mémoire des peuples Béothuk, d’autres y viennent pour honorer la mémoire de leurs proches et ont ainsi pu faire leur deuil en ce lieu.

Pour s’y rendre

  • Le Centre d’interprétation des Béothuks est situé à Boyd’s Cove, à Terre-Neuve-et-Labrador, à environ une heure de Gander ou à quatre heures et demie de route de St. John’s, sur la route menant à l’île de Fogo et à Twillingate. Prendre la sortie de la route 340 vers Southside Road et continuer sur 2,2 km : la route débouche sur le parking.
  • Le Centre d’interprétation est ouvert de la mi-mai au début octobre.
  • Le site comporte un sentier de 1,5 km menant au site archéologique et un autre sentier, le Jardin de l’esprit.
  • Des sacs à dos « découverte » sont mis à disposition pour accompagner les familles dans leur découverte du site. Tout le monde est invité à pique-niquer dans le parc.

Le Centre d’interprétation des Béothuks fait partie du programme Lieux Passeport de la Fiducie, un avantage offert aux membres de la Fiducie nationale du Canada qui donne accès gratuitement à 110 lieux patrimoniaux au pays, ainsi qu’à plus de 1000 lieux internationaux de la Fiducie nationale. Devenez membre dès aujourd’hui!

 


Le présent article tire ses informations des sources suivantes :